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Quand, enfin, vient la vacuité, tout devient intemporel, irrationnel,
impensable, imprononçable.
La place est libre pour autre chose.
Des « créatures » apparaissent et se mettent en scène,
sans raison ni causalité.
Des créatures étranges, fantômes et chimères, anges
et démons, monstres effrayants et misérables apeurés…
(Mais on sent immédiatement que leur présence est plus importante
que leur existence).
Des créatures qui semblent venues de nulle part pour aller ailleurs.
Ailleurs, justement.
Et si cet ailleurs était un but, aussi inaccessible que la ligne d’horizon
?
Et si ces créatures étranges qui flottent devant nos yeux, grimaçantes,
irrévérencieuses, voulaient nous dire que cet ailleurs échappe
aussi à notre entendement ?
Leur pérégrination a-t-elle un sens ?
Leur manège tourne-t-il pour quelqu’un ou quelque chose ?
Ne pas chercher de réponses.
Ailleurs on est, on pense, on vit autrement, c’est tout.
Peindre sans crainte.
Sans craindre la désorientation et la déstabilisation (ailleurs,
il n’y a pas de cartes ni de tables d’orientation, ni de haut,
ni de bas).
Et être étonné du résultat: mais comment ai-je
pu peindre ça ?
Et qu’importe si cela n’a aucun sens.
L’important n’est pas de comprendre, mais de se reconnaître.
L’important est d’élargir le champ de notre conscience.
Peindre avec humour, avec un peu d’ironie aussi, et une certaine désinvolture.
Du détachement, de la hauteur de vue, du désintéressement.
De la dérision et de l’auto-dérision…
Peindre pour rien.